Ce texte est la 4e note d'analyse du Sommet produite par la délégation du PG présente à Copenhague (Christophe Ventura, Mathieu Agostini et moi-même). Elles ont toutes été diffusées sur le site du PG.

C'est bien d'un "compromis pourri" qu'il s'agit. Le Sommet de Copenhague, qui aura réuni pendant deux semaines près de 200 pays du monde entier, vu défiler les « grands » dirigeants de la planète, rassemblé près de 100.000 citoyen-ne-s dans les rues de la capitale Danoise... Tout ça se résume finalement à un accord politique au rabais, une déclaration d'intention scandaleusement vide et à une gifle infligée aux pays du Sud, aux mouvements citoyens et à la planète toute entière.

On espérait encore assister à un sursaut à Copenhague, on récolte pire qu'un échec : une régression honteuse.

Un déni de concertation multilatérale...

En guise de négociations multilatérales et transparentes, de ce Sommet sort un texte rédigé en huis clos par un petit groupe de moins de 30 pays, menés essentiellement par les États Unis, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud. Il y aurait donc une concertation à deux vitesses ? Les pays qui comptent et ceux qui n'ont pas voix au chapitre ?! C'est à une mascarade de G20, déguisé en Sommet international, qu'on a assisté. Dont ont en outre été écartées les délégations pourtant dûment accréditées des ONG. Loin des regards on s'entendrait donc mieux entre « grands de ce monde » ?

... aux relents néocolonialistes

Les pays industrialisés, au premier rang desquels les États Unis et la France, ont été à la manœuvre pour diviser les pays du Sud, ils se sont une fois de plus montrés prêts à tout pour pouvoir annoncer un accord et continuer à se partager les juteux droits à polluer sur le marché carbone. La demande initiale de financement du groupe Afrique est ainsi curieusement passée par pertes et profits après la rencontre entre Nicolas sarkozy et le Premier ministre d’Ethiopie Meles Zenawi ; les plus coriaces des négociateurs philippins ont été évincés après la rencontre entre Hillary Clinton et la présidente des Philippines Gloria Arroyo. On est en droit de s'interroger sur ce qui s'est réellement passé dan les coulisses du Bella Center.

Les pays africains et insulaires sacrifiés

Les pays africains et insulaires savent pourtant bien, eux, ce que signifient les effets du changement climatique. Et ce à quoi les condamne l'absence d'accord contraignant. L'objectif de limitation de la hausse des températures à 2°C en 2050 inscrit dans le texte correspondrait à une augmentation de 3 à 3,5°C en Afrique. Selon le Pan African Climate Justice Alliance, cela signifierait 55 millions de personnes de plus souffrant de famine, et 350 à 600 millions de personnes de plus victimes du stress hydrique. Les victimes climatiques présentes et à venir se souviendront de la diplomatique pondération du texte de Copenhague.

Une coquille vide

Le texte indique la volonté de limiter la hausse des températures à 2°C mais ne prévoit ni moyens, ni engagements, ni objectifs chiffrés, ni mécanismes de contrôle ! C'est une farce bien amère. Il ne comprend aucun engagement chiffré de réduction des émissions d'ici 2020, ni même d'ici 2050. L'Union Européenne, malgré ses annonces dans la nuit, reste sur ses positions de 20% en 2020, les autres pays sont censés faire connaître leurs engagements début 2010.

Le texte ne comprend aucun mécanisme contraignant. Le projet d'une instance internationale de contrôle a été abandonné devant le refus sans appel de la Chine. Au nom de la souveraineté nationale, le texte se contente donc d'inviter les pays à rendre compte de leurs efforts devant les Nations Unies tous les deux ans, sans aucune contrainte juridique. En ce qui concerne la protection des forêts, le texte en reconnaît l'importance mais se contente de proposer des mesures incitatives.

Plus qu’un échec, Copenhague entérine donc un recul violent par rapport à Kyoto. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour dire qu’il aurait mieux valu ne pas avoir d’accord du tout. Bref, c'est le règne de la pensée magique : tout ceci est bigrement important, on l'écrit noir sur blanc, on signe tous en bas et ouf, on a sauvé le monde... Nos dirigeants nous prendraient-ils pour des imbéciles ?

Pour un contrôle citoyen : la balle est dans notre camp !

Ce texte est une gifle à la face du monde. Il ne sert que la cause des chefs d'État, en sacrifiant les populations les plus pauvres et les générations futures. Insulte aux pays du Sud, attitude néocoloniale, suprématie des logiques capitalistes et des intérêts privés, égoïsme des nations et aveuglement des dirigeants. La balle est désormais dans notre camp.

Nous sommes nombreux, comme l'ont prouvé les déclarations des dirigeants de Bolivie et du Venezuela, les positions fermes et courageuses de nombreux pays du Sud, et les milliers de manifestants qui ont défilé dans les rues pour réclamer une justice sociale et climatique malgré la répression et les tentatives de musellement des forces de l'ordre.

L'opinion publique doit se faire entendre et sanctionner durement ces dirigeants sans morale qui bafouent l'intérêt général au nom de la logique économique et diplomatique. Les mouvements écologistes et altermondialistes qui se sont découverts forces militantes durant ce Sommet doivent poursuivre la convergence avec les syndicats, partis politiques, mouvements populaires, pour que se mette en place un véritable contrôle citoyen de notre avenir commun.

Prochains rendez-vous des représentants des gouvernements à Bonn dans 6 mois, puis à Mexico fin 2010... On y sera. Et d'ici là ils n'ont pas fini de nous entendre.