Il n'y aura plus de nuit blanche chez jeudi Noir. Mardi dernier, les militants de Jeudi Noir et les 25 précaires occupant le 22 avenue Matignon depuis le mois de décembre ont appris par décision de justice l'ordre de leur d'expulsion, en plein cœur de l'hiver, et sans notification d'huissier. Le propriétaire Axa, 4,3 milliards de bénéfice en 2010 !, malgré ses déclarations de négociation à l'amiable, a saisi les forces de l'ordre dans la journée. Depuis, la seule question était donc de savoir quand aurait lieu l'expulsion. Elle a eu lieu ce vendredi au petit matin (vidéo ici).




Dans la nuit, les élus venus en soutien ont été empêchés d'entrer. A 7h, l'avocat d'Axa et les forces "de l'ordre" sont arrivés sur place. Ces derniers ont fait exploser les vitrines en verre de l'immeuble, cet immeuble que les occupants avaient pris soin de remettre en état et auquel ils avaient redonné une utilité...

Les jeunes précaires présents à l'intérieur ont alors décidé de se rendre sur le toit où ils ont été cueillis un à un par les policiers. A 8h30, tout était bouclé.




150 policiers face à une trentaine de jeunes pacifiques. Voilà qui conclut de manière honteuse un mois kafkaien avenue Matignon. Un mois de blocus policier, la préfecture donnant l'ordre de ne rien laisser rentrer, ni radiateurs, ni matelas, ni alimentation. De filtrer les élus et la presse. Ce mardi, au moment de l'annonce de la décision de justice, des journalistes ont du rester dehors, ne pouvant exercer leur droit à l'information.

Mais dans quelle démocratie vivons nous ?!


Depuis le début cette occupation a pris une tournure très politique. Les ordres venaient manifestement de haut. Le lieu, symbolique, avec vue sur Matignon et sur l'Elysée, n'avait évidemment pas été choisi par hasard. Il s'agissait d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur la situation dramatique du logement en France.

Dans notre pays, un des plus riches au monde, la précarité progresse de manière inquiétante. Des citoyens dorment dans la rue, des travailleurs dans leur voiture, pendant que des immeubles entiers restent vides pour gonfler le capital de leurs propriétaires.

Cette situation est révoltante. Et pourtant la loi de réquisition n'est toujours pas appliquée, rien n'est fait pour forcer les communes à respecter la loi SRU sur les logements sociaux, rien pour plafonner les loyers, et on attend toujours les effets du droit au logement opposable. Axa, qui avait fait de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) son cheval de bataille, va pouvoir le ranger, après avoir mis à la rue trente jeunes précaires en plein mois de février.

Ce qui vient de se passer avenue Matignon est indigne de notre République, indigne d'une démocratie, indigne.

Lorsque le pouvoir bafoue les droits fondamentaux du peuple, quand l'oligarchie au pouvoir devient à ce point méprisante et violente, la désobéissance civique et la résistance deviennent l'arme du peuple.



Les militants et élus du Parti de gauche, qui soutiennent le combat des Jeudi Noir depuis le début, seront présents au rassemblement de soutien ce soir à 18h.

Ils continueront à user de tout leur poids pour combattre le mal logement et la précarité, pour un autre partage des richesses et pour une révolution citoyenne !

Voir aussi le communiqué sur le site du PG : "Ils délogent Matignon, délogeons l'Eysée!"

(photos militantes prises mardi quand j'étais sur place pour a décision de justice et ce matin par mon camarade Sacha Tognolli avenue Matignon lors de l'expulsion)

et tous mes billets sur Jeudi Noir ici