Je vous en avais parlé rapidement ici, de cet atelier avec Paul Ariès, Baptiste Mylondo, Gabriel Amard et Jean-Louis Sagot-Duvauroux et moi même pendant notre Remue Méninges à Grenoble, mais je n'avais pas eu le temps d'en faire le compte rendu. Une camarade, Claire Mazin, s'en est chargée avant moi, merci à elle !

Compte rendu de l'atelier Gratuité du Remue Méninges A Gauche, par Claire Mazin

La gratuité n’est pas une solution de secours pour les plus démunis. C’est un outil pour changer de société, pour instaurer la solidarité contre le tout marchand.

Paul Ariès, directeur du Sarkophage a différencié la gratuité trop souvent entendue comme une mesure d’accompagnement du système, pour aider ceux qui ne peuvent plus acheter, et la gratuité qui émancipe. La première s’intègre aux mécanismes du capitalisme, suppose le flicage et provoque la condescendance à l’égard des plus pauvres. A l’inverse, la seconde sécurise le lendemain en recréant des biens communs et agit comme un « dissolvant d’angoisse ». Face à la culture de la consommation perpétuelle elle favorise « la jouissance d’être contre la jouissance d’avoir ».

Au-delà de la réponse qu’elle apporte à l’urgence sociale, la gratuité est un instrument de transformation de la société et également une réponse à la crise environnementale, comme l’a souligné Corinne Morel Darleux. Aujourd’hui, le système encourage la consommation à grande échelle. Ainsi, plus on utilise de m3 d’eau ou de kw d’électricité, moins l’unité consommée coûte cher. La gratuité est un instrument qui permettrait de renverser cette logique et de fixer le prix au regard de l’usage qui est fait de la ressource.

Nous proposons que les premiers m3 d’eau et les premiers kw d’électricité consommés par les particuliers soient gratuits, parce qu’ils sont nécessaires à la vie. En revanche, l’eau qui sert à arroser un golf ou remplir une piscine doit coûter très cher. Instaurer la gratuité permet de plus de réinstaurer la solidarité au cœur des rapports humains car elle a un coût, la clef de son existence est donc une fiscalité progressive.

Dans le programme du Front de gauche, cette exigence se traduit par la création de 14 tranches d’imposition sur le revenu, dont la dernière à 100 %. Jean-Louis Sagot-Duvauroux a présenté l’expérience de la communauté d’agglomération d’Aubagne, dans les bouches du Rhône qui a instauré la gratuité dans les transports publics urbains. Les conséquences de cette mesure ont dépassé les attentes des élus : d’une part, la fréquentation a augmenté de 130 % en un an, dont 50 % du fait d’un abandon de la voiture.

D’autre part, la gratuité a modifié le comportement des usagers : les dégradations ont quasiment disparu, les tensions entre chauffeurs et voyageurs liées à la fraude également. Il peut y avoir des basculements réels à l’échelle locale et ce dès maintenant, c’est ce que le PG appelle «la gauche par l’exemple», et c’est ce que Gabriel Amard a fait avec la régie publique de l’eau à la communauté d’agglomération Les lacs de l’Essonne. Celui-ci a insisté sur la réappropriation des biens communs par les citoyens. La votation citoyenne sur la gestion publique de l’eau a en effet réuni 70 % des utilisateurs de compteurs d’eau de la collectivité.

Par ailleurs, il a été décidé de différencier les tarifs en fonction de l’usage professionnel et de l’usage domestique ce qui a permis de diminuer le prix de l’eau de 37%par rapport aux tarifs de Veolia. Les citoyens ont été partie prenante dans la définition de ces règles, en tant qu’adhérents du service public, alors qu’ils n’étaient que clients auparavant. Tout comme il n’y a pas de capitalisme sans culture marchande, il n’y a pas de gratuité sans culture de la solidarité. Baptiste Mylondo a présenté le revenu inconditionnel, une prestation monétaire versée sans condition de ressources, d’activités ou de charge de famille et sans contrepartie. Il est cumulable avec toute autre ressource, universel et individuel. Chaque membre de la communauté politique donnée y a droit de la naissance à la mort. Son lien avec la gratuité est celui de la socialisation des coûts d’accès.

Donner à chacun les moyens de payer les services essentiels à la vie sans être obligé de travailler les rend de fait gratuits. L’idée centrale est que chaque individu participe par ses activités à la création de richesse sociale et que la société a donc intérêt à nous permettre de continuer à le faire.