vendredi 23 décembre 2011

Des profondeurs du blog : mai 2010, de la Grèce et de l'Europe austéritaire, déjà...

Incroyable.

Je retombe sur ce billet rédigé sur un coup de sang en mai 2010. Je pourrais le réécrire tel quel aujourd'hui, je n'en reviens pas que ça fasse déjà 18 mois.


Photo : installation de Maurizio Cattelan devant la Bourse de Milan, septembre 2010.

3 mai 2010. Coup de sang.

Est ce l'heure matinale ? Le gris parisien ? Insupportable, ce matin. Arrivée a 7h du matin par le train de nuit a Paris, j'entame mon café croissant avec "Télé Matin" en fond sonore dans le bistrot. Le journaliste frétille de plaisir en nous expliquant qu'avec le plan Union Européenne / FMI pour la Grèce, la France va *même* gagner de l'argent en prêtant aux Grecs.

Les Grecs à qui on va, au nom de ce prêt, demander de renoncer à deux mois de salaires, de payer une TVA augmentée de 2 points à 23%, de supprimer deux mois de pension à leurs anciens, de partir plus tard à la retraite, et de casser les services publics. Hey ! Faut se réveiller ! C'est en notre nom que tout ça se met en place. Et en plus on va gagner du pognon dans l'opération. Ah ça, on est quand même des malins, en France, hein ! On est modernes, et puis il faut être sérieux, on prête avec intérêts. Par intérêt. La solidarité entre les peuples ? Un truc de gauchistes.

Toute cette affaire est à vomir. Les banques et les états s'en mettent plein les poches pendant que le peuple grec se débat. Plus ils sont dans la misère, plus les taux grimpent, et mieux c'est pour les affaires. Celles des banques privées qui peuvent emprunter auprès de la Banque Centrale Européenne a 1% et qui ensuite reprêtent elles mêmes cet argent à la Grèce à des taux bien plus élevés, en se faisant du blé sur le dos du peuple. Eh oui, car la Grèce, elle, n'a pas le droit d'emprunter auprès de la BCE. Ben oui, c'est bizarre, je suis d'accord. Mais il parait que c'est écrit dans le Traité de Lisbonne – vous savez, ce traité contre lequel vous avez voté en 2005... Alors la Grèce a du emprunter aux banques. Et ces taux n'ont pas cessé de grimper au fur et a mesure que la Grèce s’enfonçait, que l'échéance de cessation de paiement s’avançait, et que l'Allemagne rechignait à prêter. Il y en a toujours qui ont intérêt à ce que les choses s'aggravent. Les usuriers des temps modernes qui s'engraissent sur le dos des pauvres. Franchement, on est où, la ? Dickens, Zola, Hugo et London, revenez, il devrait y avoir deux trois chouettes histoires a raconter !

Et pendant ce temps les grands prophètes Minc et Fillon en profitent pour nous expliquer que si nous, en France,on n'accepte pas bien sagement la reforme des retraites, il pourrait bien nous arriver la même chose. C'est vrai, ca. Pourquoi attendre que le FMI vienne nous le demander ? Anticipons ! Du chantage social, voilà ce que c'est, basé sur la peur et les menaces, où on n'hésite plus a faire passer des reculs sociaux comme nécessaires pour... Pour quoi d'ailleurs ? Pour que les gens vivent mieux ? Pour qu'ils soient plus nombreux à trouver du boulot ? Que plus aient à manger ? Puissent se soigner ? Nooon. Pour que les agences de notation continuent à nous accorder la note AAA. Pour plaire aux agences de notation et aux banques. On prend les français pour des triple andouilles. Ça pourrait bien ne pas durer. Mercredi c'est grève générale en Grèce. Gaffe, ça pourrait bien devenir contagieux...

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