mardi 30 décembre 2014

Comment osent-ils.

decodeurs2014chomage.jpgCe matin sur les ondes, après l'annonce de la mort d'un sans domicile fixe à Douai, comme une envie de gifler à l'écoute du nième reportage-marronnier, comme en 2011, en 2012, en 2013... Comme à chaque hiver : vague de froid, manque d'hébergement d'urgence, 2 minutes de reportage sur le 115 saturé. L'air surpris, perpétuellement recommencé. Et puis ils oublient. Que la précarité tue toute l'année.

Oh il y aura certainement quelques déclarations médiatiques outragées de hauts-gradés aux prochaines piques anti-SDF à Londres, aux bancs grillagés à Angoulême, aux gamins qui passent la fête des Lumières à dormir dehors à Lyon. Mais pendant qu'on nous jouera une nouvelle séquence émotion vite oubliée, on aura toujours des immeubles de bureaux vides, zéro réquisition, des mesures anti-Roms, des expulsions et plus de 400 morts de la rue chaque année.

On aura de nouvelles annonces de hausse des tarifs de l'électricité, du logement, du « panier de la ménagère », de la SNCF qui vient d'annoncer une hausse des billets de train de 3%. Et le Smic lui restera en berne. Les pauvres continueront à polluer et à se faire montrer du doigt, et au final il n'y en a qu'un pour qui ça tombera bien, le Ministre Macron qui veut mettre des lignes de bus le long des voies ferrées. Avec ces prix-là, pas de doute, les cars seront pleins. Peu importe que ce soit polluant et dangereux, peu importe que la route coûte 1,5 fois plus cher au contribuable que le rail, personne ne va aller creuser dans l'information aussi loin. 

dividendes.jpgLe « SDF mort à Douai » s'appelait Sylvain. Un homme avec une vie, des souvenirs, des tristesses et des rires. Pas une statistique sans nom. Tout comme les 600 000 chômeurs en plus, sortis un instant, par la grâce d'un titre, de l'anonymat dans lequel se love l'indifférence gestionnaire. Exprimés en milliers et pas juste en variation de pourcentage, une réalité plus palpable.

Vous savez ce qui serait vraiment bien ? Ce serait d'avoir enfin des politiques qui anticipent et agissent en amont. Plus de fausse émotion à Noël, des actions toute l'année.

Las, de ce côté-là c'est pas gagné... Sans vergogne et en plein contresens historique, pétri d'indécence et de cécité, le gouvernement français ose réclamer davantage d'efforts et d'austérité. De Michel Sapin qui encourage les patrons à protéger leurs marges plutôt que d'augmenter les salaires à Manuel Valls qui réclame plus de sacrifices, on croit rêver.

Tous, oui. Les Macron, Cahuzac, Morelle, Juncker, le Pen, Copé et Sarkozy... Comment osent-ils venir nous donner des leçons de « bonne gestion » et de « sacrifice » ? Bien au chaud dans les salons du Ritz, à se faire cirer les chaussures dans les salons de l'Elysée, à planquer leur argent en Suisse, à favoriser les évasions fiscales, à refiler des contrats aux copains dès qu'ils sont élus, à prendre 100.000 dollars pour une conférence, à déclarer 2,4 millions gagnés chez Rotschild en 18 mois... Comment osent-ils.

yannisyoulountas.jpgComment osent-ils aboyer soudain à la crise politique en Grèce et trembler parce que les forcenés des mémorandums et de la règle d'or ont fini par mettre le feu à leur propre majorité ? La « crise » Messieurs, ce n'est pas qu'il faut des élections anticipées. La crise elle est là depuis des années en Grèce, ouvrez un peu les yeux bon sang, regardez ! Plus de médicaments dans les hôpitaux, plus de manuels dans les écoles, plus de salaires versés aux fonctionnaires, des îles vendues à des émirs, et des gens qui crèvent la misère. C'est ça la crise en Grèce.

Et il a fallu attendre décembre 2014 pour que les médias français en rendent compte et que le brillant journaliste Monsieur Quatremer ne trouve qu'une chose troublante là-dedans, que le Front de Gauche et le FN se réjouissent avec les mêmes mots sur twitter ? Sérieusement... Et il faudrait pleurer parce que les gens n'en peuvent plus de se faire essorer au nom de la dette ? Parce que ça a fini par se voir, après François Hollande allé soutenir Antonis Samaras en 2012, après le commissaire européen Pierre Moscovici aux côtés du candidat de droite Stavros Dimas, que la collusion entre sociaux-démocrates et droite ne pouvaient plus durer ? Parce qu'au bout du bout, entendre Monsieur Moscovici appeler à poursuivre les efforts en Grèce, sérieusement, c'est juste plus supportable. Monsieur Moscovici sait-il qu'entre Athènes et Thessalonique, il n'y a plus une unité de soins intensifs pour enfants ?

Et ce sont ces gens-là qui nous dirigent ? Incroyable. Et d'une absurdité à pleurer. Car les politiques d'austérité ne marchent pas, c'est net et sans bavure. Regardez ce schéma, le voilà l'incroyable succès des politiques d'austérité pour réduire la dette publique.

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Alors non, désolée, on ne va pas pleurer mais célébrer. Parce que cette fois, enfin, le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne auront beau eu y mettre toutes leurs forces, avec l'aide de technocrates effrayés et de quelques éditocrates bornés à la rescousse, les Grecs n'ont pas plié. Et Syriza va peut-être enfin ouvrir la voie en Europe au refus des politiques d'austérité et faire la démonstration de ce qu'on dit depuis des années : Messieurs-dames les libéraux, que vous vous étiquetiez socialistes, démocrates ou progressistes n'y changera rien : votre modèle est dépassé, le chômage explose, vos politiques ne marchent pas et la croissance ne reviendra pas. D'ailleurs de votre croissance on n'en veut pas. Il y a d'autres possibles qui ont le double mérite d'être à la fois plus réalistes et plus désirables

Et tant que des gens dormiront dans la rue entourés d'immeubles vides et de vitrines de luxe, tant que les dividendes versés décrocheront des records, tant qu'on aura le droit de lutter et même après, on sera là pour le dire et le répéter : il est temps de tirer la conclusion. Venez donc un peu lire ça et ça. C'est cadeau. Et belle année.

Ευχαριστώ... 2015 peut commencer.


Illustrations : les Décodeurs du Monde.fr, La Tribune via Johann Elbory, Yannis Youlountas, Alternatives Économiques via Guillaume Duval

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