samedi 19 décembre 2015

Après les régionales, rassembler les opposants et agir - Tribune Reporterre

l_ECOSOCIALISME-sait_-se_D_EFENDRE2.jpgAprès les régionales, rassembler les opposants et agir

Publiée sur Reporterre le 17 décembre 2015 / par Corinne Morel-Darleux

Illustration : Fabien R

A-t-on tout essayé ? Dans la région Auvergne Rhône Alpes, la liste de gauche écologiste a mis en oeuvre une méthode vraiment démocratique. Mais les électeurs n’étaient pas au rendez-vous. Il faudra réfléchir. Mais d’abord, se relever, de suite, pour agir face à Laurent Wauquiez, l’homme de la droite dure.

Corinne Morel Darleux est secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche et conseillère régionale Auvergne Rhône-Alpes.


Créer un parti creuset, une alliance de la gauche radicale, un rassemblement de la gauche et des écologistes, dépasser les cartels de parti, s’ouvrir aux citoyens, inventer d’autres formes de prises de décision en assemblée représentative, refuser le cumul des mandats, faire converger le social et l’environnement, construire l’écosocialisme, créer des passerelles entre le terrain et l’institution, écrire ce qui se passe dans les coulisses, dénoncer, continuer à militer, soutenir les luttes sociales, croiser la rue et les urnes, penser la révolution citoyenne, renouveler les pratiques - ce sentiment tétanisant depuis dix jours d’avoir tout essayé, sans succès.

Peut-être n’avons-nous pas essayé assez fort, peut-être était-ce trop décalé dans cet air du temps guerrier, peut-être nous sommes-nous trompés sur les aspirations de nos concitoyens, peut-être est-ce l’agonie de la 5e république, peut-être n’avons-nous tout simplement pas été entendus, peut-être. Je ne sais pas. Mais comme je l’ai tant répété, il n’y a pas de baguette magique en politique, pas de raccourci. Et nous sommes sur la ligne de crête d’une situation complexe qui ne peut se résumer à aligner les responsabilités.

Le marasme est généralisé. Le constat, celui d’un paysage politique dévasté. L’analyse de ce qui nous y a conduit est décourageante. L’enchaînement a de quoi plonger dans des abîmes de perplexité. Quand en allumant la radio le matin, on entend que Manuel Valls, le premier ministre d’un gouvernement dit « socialiste », appelle à travailler avec la droite pour réduire le chômage. Quand quelques minutes après on voit sur BFM Laurent Wauquiez, un professionnel de la politique, exhorter au salariat, déplorer la revalorisation du Smic et traiter les bénéficiaires du RSA d’assistés, en concluant qu’il se déclare prêt à coopérer sur le chômage avec le gouvernement... On se dit qu’on est entré dans la 4e dimension. On se retient de l’envie de fuir. Et on se retient de pleurer.

Le meilleur moyen d’avancer, c’est d’entrer en action

Et malgré tout, un sentiment depuis dimanche émerge fortement. Un truc qui vient des tripes et que je n’avais pas vu venir, qui finalement prend le pas sur les incertitudes, le coup de massue des résultats, l’abattement et même sur la nécessaire réflexion à mener. Un sentiment qui fait remettre à plus tard, quand la poussière sera un peu retombée, les analyses théoriques. C’est l’urgence de réagir vite et d’envoyer un message fort : toutes celles et ceux qui se sentent inquiets aujourd’hui, qui ont peur de cet avenir fait de portiques de sécurité et de chasse aux « assistés », ne sont pas isolés. Et une conviction se dessine : le meilleur moyen d’avancer, c’est d’entrer en action. En résistance acharnée. On nous a souvent dit, à nous têtes dures du Parti de gauche d’ailleurs, que c’était dans l’adversité qu’on se révélait. C’est le moment de le prouver.

En Auvergne Rhône-Alpes, depuis lundi 14 décembre, de nombreux messages nous arrivent des associations, conseils locaux de développement, du monde de la culture, des acteurs de terrain, de la lutte contre les inégalités ou de la défense de l’environnement. Tous s’inquiètent à juste titre de l’arrivée de Laurent Wauquiez à la tête de la Région. Tous expriment l’attente forte d’une opposition forte, et ceux-là naturellement se tournent vers nous, choqués de ce résultat.

Alors mon urgence là, ce n’est pas de participer aux chasses aux sorcières du microcosme ni d’en tartiner des pages sur l’échec de la gauche. C’est avant tout de leur signifier très vite qu’ils pourront compter sur nous pour porter leur voix dans l’assemblée. Sans attendre, nous avons donc décidé de nous réunir en urgence pour organiser l’opposition à Wauquiez à Lyon dès samedi 19 décembre avec nos sept autres nouveaux élus régionaux du Rassemblement citoyen, écologique et solidaire : Monique Cosson, Andréa Kotarac, Emilie Marche, JC Kohlhaas, Fatima Bezli, Myriam Laidouni-Denis, et Fabienne Grebert. Au programme des jours et des semaines qui viennent, si on veut que sur le terrain le sursaut du lendemain d’une élection traumatisante vive au-delà de l’émotion et se transforme en un maillage de résistance politique, nous allons devoir organiser les réseaux de solidarité de terrain, écrire aux acteurs qui peuvent constituer un vivier de lanceurs d’alerte et s’en faire les relais, dénoncer et alerter sur ce qui se trame dans les couloirs de la Région, éplucher chaque dossier porté par Wauquiez, trouver des tribunes et des relais, rédiger des chroniques de l’assemblée...

Face à la droite dure il nous faut rapidement structurer et incarner l’opposition dure, et pour cela huit élus malgré tout leur courage n’y suffiront pas. Nous allons avoir besoin d’être informés, entourés, conseillés, épaulés : par notre assemblée représentative bien sûr, qui doit se réunir très vite, mais aussi par toutes celles et ceux qui, ayant ou non fait campagne, partagent aujourd’hui la même volonté de résister.


C’est possible, à condition de s’y mettre tout de suite et de frapper fort et ferme dès le début. Comme je l’ai écrit dimanche soir : qu’ils essayent de tuer nos rêves et nous serons leur cauchemar, sur le terrain et dans l’assemblée.


Voilà. L’appel est lancé.

Enfin, un dernier mot plus personnel. Après sept ans de porte-parolat, de responsabilités politiques, d’alliances à préserver, de campagnes électorales, de poussière sous le tapis et de termes soupesés, au bord parfois de l’autocensure pour ne pas désespérer, j’ai réagi dimanche publiquement par un « fuck » tonitruant à l’annonce des résultats. Et vous savez quoi ? C’est en guerrière zen émancipée et mâtinée de rock’n roll, parce que rock il le sera, que j’ai envie de mener ce mandat. Sans mâcher mes mots, sans voiles ni faux-semblants. Il y a quelques jours, alors que j’écrivais cette citation de génie de Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », mon correcteur d’orthographe - est-il idiot ou clairvoyant ? – a transformé automatiquement « Gramsci » en « Hardcore ». Signe des temps.

Les détails et modalités pratiques d’organisation suivent. A très vite.


Lire aussi : Laurent Wauquiez, l’homme qui insulte les écologistes

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