dimanche 1 avril 2018

Agression Turque à Afrin, Rojava : Mon interpellation et la réponse de Laurent Wauquiez

StefBurlotAfrin.jpgLa revue Ballast m'a invitée à co-signer cette tribune, aux côtés de personnalités comme Ken Loach, Alain Damasio, Robert Guediguian, Frederic Lordon, David Graeber, Noam Chomski, Thurston Moore ou encore Roger Waters, "Rojava : brisons le silence". Ce n'est hélas pas la première tribune que je signe à ce sujet, mais cette fois il semblerait que le silence commence, de fait, à se briser. Pour y contribuer, j'ai profité ce 29 mars de la session plénière à la Région Auvergne Rhône Alpes pour poser une question orale à Laurent Wauquiez, comme le règlement nous y autorise. Voici mon interpellation et sa réponse en vidéo.

Photographie : Stéphane Burlot

Texte de la question orale du groupe RCES telle que prévue par le Code Général des Collectivités Territoriales dans son Article L4132-20, posée par Corinne Morel Darleux

Monsieur le Président, vous avez déclaré cet après-midi, je cite : "concernant les Kurdes, ce qui est en train de se passer est le comble du cynisme en matière internationale". Constat semble-t-il partagé par l'opposition comme par la majorité.

Et de fait, l'état-major turc a annoncé le 20 janvier dernier le lancement de l'opération "Rameau d'olivier" contre les kurdes de cette région à Afrin en Syrie. Une opération terrestre a été lancée avec l'aide de milices djihadistes et d'anciens d'al Qaeda.

Les bombardements par l'armée turque ont déjà fait plusieurs morts dans cette région déjà violemment endeuillée par Daech et la guerre en Syrie.

Afrin était un des derniers havres de paix de la zone : de nombreux syriens, de toutes nationalités, religions et cultures s'y sont réfugiés,

Un camp de 20 000 réfugiés a été bombardé causant de nombreuses victimes, principalement des femmes et des enfants, dont beaucoup de réfugiés arabes d’Idlib. Le canton d'Afrin est un des premiers lieux à avoir échappé en 2012 au contrôle de Bachar el Assad, créant ses propres écoles et systèmes de sécurité. Il fait partie du "kurdistan syrien", le Rojava, qui défend un projet social multi ethnique, de laïcité et de féminisme précieux au Moyen Orient.

Les kurdes sont aujourd’hui la cible première de M Erdogan. Ils ont été en première ligne dans la lutte contre Daech, de Kobane à Raqqa, avec le soutien de la coalition internationale. Celle-ci ne peut aujourd'hui détourner les yeux de cette attaque contre ses anciens alliés, à des fins de "nettoyage" ethnique selon les propres termes de M Erdogan, qui n'hésite pas à museler les réseaux sociaux et à emprisonner en Turquie depuis plusieurs jours celles et ceux qui opposent aux bombardements sur Afrin des messages de paix.

Le président Erdogan après Afrin multiplie désormais les menaces en direction de Manbij, ville stratégique du Rojava syrien à une centaine de km à l'Est d'Afrin où est stationnée une garnison étatsunienne, et alors même qu'une délégation du département d'Etat US a assuré jeudi le conseil civil de la ville qu'il n'y aurait pas d'attaque turque à Manbij. De ce fait l'armée Turque pourrait frapper au Mont Sinjar en Irak comme l'a annoncé M Erdogan.

Cette situation d'escalade militaire est une menace en Syrie, pour tout le moyen Orient mais aussi pour la France, en mobilisant et en détournant par la guerre les forces kurdes de leur nécessaire combat contre Daech.

Notre collectivité, ayant elle aussi vécu des attaques terroristes ne peut fermer les yeux.

Monsieur Wauquiez, vous avez dit encore cet après-midi : "nous sommes contre un Orient mono-ethnique et mono-religieux, (il nous faut) se battre pour garder un Orient qui soit divers". C'est le projet qui est en train de se jouer à Afrin et au Rojava syrien.

Monsieur le Président, quelle parole de notre collectivité sur la situation d’Afrin ? Condamnez-vous publiquement et fermement l'agression turque ?

Haut de page