lundi 31 décembre 2018

Nouvelles du Diois et du Rojava

Diedec2018.jpgEntre balades en montagne sur des herbes gelées qui crissent sous les pieds, à humer les derniers brins vaillants de thym sur les versants de crête ensoleillés, et lectures stimulantes, du recueil "Aucun souvenir assez solide" d'Alain Damasio des Éditions La Volte à la traduction en français de l'opus Deep Green Resistance, cette fin d'année prend pour moi la forme d'une mini cure de déconnexion des écrans et de réinspiration après une session désespérante à la Région et ces dernières semaines chargées en déplacements, émotions et pas-de-côté.

Après avoir effectué un grand tri vertical de dix années d'archives accumulées, je puise mon bonheur dans ce luxe inouï de calme et de sérénité que l'on trouve à cuisiner une simple poêlée de carottes avant d'aller se lover au coin du feu. Du coin de l’œil je surveille tout de même un peu les réseaux entre deux clopes roulées, furète sur le forum de Extinction Rebellion France, réponds aux mails les plus urgents, et l'année 2019 se remplit de jolis engagements peu à peu. Des débats à Lyon sur l'état de la planète, le dévissage de la société et la meilleure manière de s'organiser, avec Vincent Liegey le 8 janvier puis Vincent Mignerot le 8 février, le lancement du nouveau numéro de la revue Ballast, toujours à Lyon, le 19 janvier. Des rencontres Dioises autour de la permaculture, de mes chères Racines du Ciel, de la protection sociale ou encore d'un projet de festival pour l'été. Un dialogue sur l'effondrement avec Pablo Servigne aux rencontres de l'écologie à Die le 2 février, un projet de livre au cœur dont je n'ose encore souffler mot, et des fils de stratégie et d'action politique qui, d'échanges numériques en rencontres physiques, commencent à se tisser plus densément.

Enfin dès ce 9 janvier, aura lieu une soirée spéciale urgence Rojava à Montpellier. C'est en réalité ce qui a motivé ce billet, et réussi à me recoller devant mon écran en ce dernier jour de l'année pour partager ici les mots reçus du village de Jinwar, en Syrie du Nord, à quelques kilomètres de la frontière avec la Turquie. Un village créé par et pour les femmes victimes de violences de guerres, de Daech ou simplement du système patriarcal. J'y étais au printemps dernier, mon dernier déplacement aéroporté (récit sur Ballast). Depuis, la documentariste Mylène Sauloy leur a porté de ma part des graines de Drôme qui ont été plantées dans le potager, un petit bout de Vercors semé au Rojava. Et surtout, depuis, le village s'est peuplé, l'école et le four à pain fonctionnent, Jinwar vit. Et malgré la menace permanente que tout ces efforts soient réduits à néant, la dignité et le courage sont plus que jamais là. Je vous offre ces mots venus du Rojava comme un présent de fin d'année, qui réchauffe et ravive la flamme d'une culture de résistance, faite de courage, de cœur et de loyauté. D'amour et de rage.

A l'année prochaine.

Chère Corinne! 
Merci pour ton message de soutien, il sera partagé avec toutes les femmes du village. Ici, tout le monde est en colère contre les menaces de la Turquie, car il y a tant à perdre. Nous attendons les prochaines négociations et l'évolution de la situation, tout en continuant de vivre et de travailler à Jinwar. Jusqu'à présent, dix maisons sont habitées par des femmes et des enfants. Après l'ouverture du 25 novembre, de nombreux travaux communaux ont avancé et le village est devenu beaucoup plus beau. La boulangerie est ouverte maintenant, trois femmes font cuire du pain frais tous les jours, les enfants vont à l'école, le magasin du village est également ouvert, les femmes qui ne savent pas écrire et lire assistent à un enseignement des langues l'après-midi, des assemblées sont organisées régulièrement et le conseil du village a été formé. Ce n'est pas facile de poursuivre tous ces travaux en sachant que la guerre peut très bientôt arriver, mais il est encore plus important en ces temps de tenir et rester fidèles à ce qui nous relie, le lieu commun, les valeurs communes, la perspective commune de la vie.
Nous t'envoyons nos salutations, prends soin de toi et tout le meilleur !
Les femmes de Jinwar

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