La semaine dernière, JL Mélenchon était l'invité du Grand Journal de Canal +. Je ne vais pas revenir une nouvelle fois sur la polémique « Jean Luc Mélenchon versus étudiant en journaliste », elle ne vaut pour moi que si elle permet de lancer un vaste débat public sur le rôle des médias. Auquel j'associe volontiers la publicité, tant ces deux industries ont en commun leurs liens avec les lobbies industriels et la collusion avec le pouvoir économique. Sans parler des médias qui dépendent de le pub pour informer. Génial.

Est ce parce que je n'ai plus la télévision et que je ne subis plus les pubs envahissantes du métro depuis deux ans ? Je supporte de moins en moins le caractère aliénant, l'injonction de consommation permanente et l'arme de propagande capitaliste incroyable que ces deux vecteurs représentent dans notre société...

J'ai donc exceptionnellement regardé Le grand journal de Canal + la semaine dernière parce que Jean Luc y passait face à Yann Arthus Bertrand, et je ne décolère pas depuis : nous avions bossé pour préparer cette émission, rédigé un argumentaire, préparé une note de synthèse, et tout ça pourquoi ? Dix minutes de parole politique tout au plus, entrecoupées de publicité, de météo et de conversations oiseuses totalement hors sol... Quelle tristesse !

La semaine dernière, 8 Déboulonneurs qui avaient barbouillé des panneaux publicitaires ont été relaxés par le TGI de Paris et ont annoncé que désormais la balle était dans le camp des politiques.

Ceux là ont rempli leur devoir d'alerte et de jurisprudence. Il faut maintenant un texte de loi revenant sur les dérogations accordées aux afficheurs par le Sénat en octobre, interdisant les écrans animés et par bluetooth, limitant drastiquement le format et les lieux d'affichage publicitaire... Et suivre de près ce que va donner le passage du Grenelle 2 à l'Assemblée Nationale.

Le combat que mènent l'ACRIMED, le Plan B, @si, CQFD, le RAP (résistance à l'agression publicitaire), la Décroissance - Casseurs de Pub, les Déboulonneurs etc. sont essentiels. Si l'insurrection citoyenne doit venir, elle aura à la fois besoin du relais de ces médias alternatifs et indépendants, et de ces militants prêts et entrainés à désobéir...

Les médias, moyen del poder popular ? Depuis mon séjour à Caracas, j'ai gardé une jolie relation épistolaire avec Thierry Deronne, de la chaine d'éducation populaire TV Vive. Nous discutons naturellement du rôle des médias dans la révolution Bolivarienne... Et dans l'aliénation capitaliste ;)

Thierry me rappelle que Sartre disait en fondant Libé : “Le droit à l´information n´est pas, comme on le croit à tort, un droit du journaliste, mais le droit du peuple de savoir ce qui se passe. Le rôle du journaliste, en somme, est de permettre au peuple de discuter avec le peuple”. On en est loin.

La socialisation des moyens de production fait ricaner les chroniqueurs épris de modernité. Mais on en parle de plus en plus grâce aux SCOP et au développement de l'économie sociale et solidaire, qui lui donnent un visage respectable. Tant mieux. Continuons sur cette lancée. Pourquoi cela ne pourrait-il pas s'appliquer au champ de l'information ? La présidente argentine, qui n'est pas la plus radicale des révolutionnaires, a fait œuvre de salut public, et d'autres gouvernements s'y mettent en Amérique du Sud : un tiers du spectre (ondes radio et TV) alloué aux médias associatifs et participatifs, un tiers au public, un tiers au privé.

Le Conseil National de la Résistance appelait dans son programme à assurer dès la Libération "la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères"...

... Quand la gauche ici va-t-elle enfin s'attaquer à la dictature médiatique, transférer les moyens de produire l'information au peuple et recréer un véritable service public en charge de faire de l'éducation populaire, d'aider les citoyen-ne-s à exercer leur esprit critique et de donner du monde une image plus vraie ?

Illustration de Titom, mise à disposition selon la licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 be