vendredi 15 décembre 2017

Kafka à Ankara

arriveepolis.JPGPour la troisième fois en l’espace de quelques mois, j'étais de nouveau ces 6 et 7 décembre en délégation internationale en Turquie à Ankara. Avec mon camarade Jean-Christophe Sellin nous participions à la mission d’observation internationale des procès politiques des deux députés et anciens co-présidents du HDP, Figen Yuksekdag et Selhattin Demirtas. Le HDP est la troisième force politique du pays, son programme défend la laïcité, le féminisme, le socialisme, l’écologie et la démocratie en Turquie. Figen Yuksekdag et Selahattin Demirtas sont détenus depuis plus d’un an. Ils risquent respectivement 83 et 142 ans de prison. (papier assez complet de France 24)

PrisonSincan.JPGNous étions déjà présents à la première audience du procès de Figen Yuksekdag le 4 juillet, puis à nouveau le 18 septembre. Par deux fois la délégation internationale d’observateurs internationaux dont le Parti de Gauche et le PGE faisaient partie a été interdite d’accès sur intervention de la présidence de la République de Monsieur Erdogan, au mépris des conventions internationales et des textes de l’OSCE, pourtant ratifiés par la Turquie.

Cette fois encore nous n'avons pas échappé à la règle de l'arbitraire qui règne en Turquie. Après des heures glaciales d’ordres et de contre-ordres kafkaïens et malgré l’accord de la Cour, la police turque a refusé de laisser entrer les délégations internationales composée d'élus, de journalistes et d'avocats, tout comme les diplomates des ambassades de France, de Suisse, du Luxembourg notamment : tous bloqués devant la prison de Sincan, à 70 kilomètres d'Ankara, où se déroulent désormais tous les procès des députés du HDP.

cartesbrandies.JPGCette fois, cherchant à tester différentes stratégies pour enfin pouvoir assister aux audiences, nous avions pourtant officiellement déposé une demande d’accréditation auprès des autorités turques en France. L'ambassade de Turquie nous a confirmé ce que nous savions déjà : il n'existe pas de procédure d'accréditation pour assister aux procès en Turquie. Contrairement à ce qui nous sera opposé sur place par les forces de police turque. C'est la Cour qui décide. Officiellement. Car cette fois encore, par deux fois, la Justice a autorisé notre présence, et par deux fois un cordon de policiers lourdement armés nous a bloqué l'entrée.

confpressedelegs.JPGLes procès de Figen Yukeskdag et de Selahattin Demirtas ont été respectivement reportés au 20 et au 14 février. Toutes les demandes de la Défense ont été rejetées, dont la remise en liberté conditionnelle. Figen Yuksekdag, comme Selahattin Demirtas, reste emprisonnée. Peine requise contre elle : la réclusion à perpétuité aggravée, en cellule d'isolement, visites limitées à sa famille tous les deux mois.

Autant vous dire que face à l'inquité de ces procès, dont les actes d'accusation reposent essentiellement sur des discours, des interviews, des appels à corridor humanitaire au Rojava ou la qualification de "massacres" des bombardements de civils à Diayrbakir, tous les obstacles mis pour nous décourager ne nous empêcheront pas d’être présents, encore et encore, pour réclamer le droit à des procès équitables, publics, et nous placer aux côtés de celles et ceux qui défendent le droit et les libertés en Turquie.

Diner.JPGParce que notre présence est utile, et mobilise l'opinion à la fois turque mais surtout internationale. Elle participe au rapport de force et à la pression mise sur le régime Erdogan. Elle réchauffe surtout les camarades qui luttent là-bas et y prennent tous les risques. Car eux restent, quand nous repartons.

Alors nous ne comptons pas le temps sur place : rencontre très intéressante avec l'ambassadeur de France en Turquie, qui place dans le même mouvement d’atteinte à la liberté d’expression la répression générale en Turquie a l’encontre des universitaires, journalistes et députés du HDP ; conférence de presse ; réunions avec les avocats de la défense ; communication sur les réseaux sociaux pour rendre compte de ce que nous voyons et vivons en direct ;  interviews avec une radio allemande, une télévision kurde et des médias indépendants trucs, comme celle-ci où il est question du Rojava, des combattants kurdes en Syrie, d’Öcalan et de Murray Bookchin, et de la conception de M Erdogan de la justice et de la démocratie en Turquie : « Fransız siyasetçi: Rojava hayal ettiklerimizin yaşatıldığı bir yer: Fransa Sol Parti üyesi Corinne Morel Darleux, Rojava’nın sosyalist hareketin bütün hayallerinin hayata geçirildiği bir yer haline geldiğine söyledi. Darleux, batılı güçlerin de sadece… »  (Traduction (très) approximative ici)

IMG_E3432.JPGEt toujours, de merveilleuses rencontres, humaines et politiques, avec ces militant-e-s et élu-e-s qui résistent au péril de leur liberté. Je parle souvent d'incarner nos luttes, alors voici un exemple parmi tant d'autres : celui de Feleknas Uca, 41 ans, ex Députée européenne de die Linke, aujourd'hui Députée HDP de Diyarbakir, qui se dit en « prison à ciel ouvert ». Elle n'a plus de passeport, depuis 10 mois elle n’a pas pu sortir de Turquie alors qu’elle est membre de la délégation qui représente la Turquie au conseil de l’Europe. Son immunité parlementaire a été levée pour des discours, notamment en défense des femmes yezidies. Elle m'a confié : « que nous soyons en prison, à l’assemblée ou dans les villages. À la fin nous allons gagner. Parce que nous avons la supériorité morale, et le peuple avec nous. »

De retour en France, le site Rojinfo m'a interviewée et a réalisé un papier sur la délégation française en Turquie : "Procès HDP à Ankara : De lourdes peines requises . Voici les extraits issus de mon interview :

Si Erdogan était président en France, c’est nous qui serions en prison

Corinne Morel Darleux: “Les peines demandées contre Figen Yüksekdağ et Selahattin Demirtaş sont très lourdes: 83 ans de réclusion pour Figen Yüksekdağ et 142 pour Selahattin Demirtaş et les charges sont des accusations de terrorisme. Je dois avouer que j’ai mis longtemps à m’intéresser de près au dossier kurde, parce que j’étais réticente comme beaucoup de gens. C’est comme la Palestine. Quand on regarde de loin, on se dit : “Peut-être on va se retrouver à soutenir des trucs pas très nets.” Du coup, il y a un peu de crainte et d’ignorance. Mais quand tu commences à éplucher les dossiers et les actes d’accusations de plus près, l’injustice saute aux yeux. Ces actes d’accusation reposent essentiellement sur des discours notamment prononcés à l’intérieur de l’Assemblée nationale turque, sur la participation à des manifestations, sur des appels à arrêter les massacres des populations civiles ou pour avoir demandé un corridor humanitaire pour le Rojava. Tout cela, ce sont des choses que nous en France aurions faites dans les mêmes circonstances. Si Erdogan était président en France, c’est nous qui serions en prison. Aujourd’hui ne n’ai plus aucune réticence à défendre les gens du HDP ou du mouvement kurde. Le HDP n’est d’ailleurs pas seulement un parti kurde, il est beaucoup plus large que cela, ce qui me semble dans cette partie du monde absolument essentiel.”

Parodie de justice

Corinne Morel Darleux: “Les deux audiences ont eu lieu à Sincan, à 60 km d’Ankara. On a le sentiment que tout a été fait pour nous décourager. Un corridor de policiers turcs très lourdement armés nous a barré l’accès, frappant le sol avec leurs boucliers. Nous avons été encerclés de camions anti-émeutes ; ambiance particulière dans un froid extrême. A deux reprises, le président de la Cour a dit à voix haute dans la salle d’audience qu’il autorisait les délégations internationales à venir assister à l’audience, et à deux reprises, c’est la police turque qui s’y est opposée. Donc, on se pose la question sur l’indépendance de la justice en Turquie, puisqu’elle est à chaque fois contestée par l’Etat turc qui a le dernier mot. Le référent de la police devant la prison nous a dit qu’il fallait une accréditation du ministère des affaires étrangères. La fois d’avant, il nous avait dit qu’il fallait une accréditation du ministère de la justice. L’ambassade de Turquie en France par contre nous a envoyé un courrier qui stipule noir sur blanc qu’il n’y a pas besoin d’accréditation pour assister aux audiences en Turquie puisque la Constitution turque garantit que les procès soient publics. S’il y a un “trouble à l’ordre public”, c’est la Cour qui décide de tenir le procès à huis clos. Là, le procès n’était pas à huis clos parce que nous avons vu des membres de l’AKP entrer dans la salle d’audience sans difficultés. Ce sont uniquement les délégations étrangères et le personnel des ambassades qui sont restés dehors.”

Poches d'espoir

Corinne Morel Darleux: “Les deux procès ont été de nouveau reportés au moins de février. Pour Figen, le procureur a demandé une peine de réclusion à perpétuité aggravée. Si le réquisitoire est suivi, elle sera incarcérée jusqu’à la fin de ses jours dans une cellule individuelle et avec une visite de sa famille uniquement tous les deux mois. Figen Yüksekdağ a un grand désavantage aux yeux du gouvernement turc: elle n’est pas kurde. Elle est issue d’une famille turque traditionnelle paysanne. C’est moins facile de l’amalgamer avec des actes terroristes kurdes. Pour Selahattin Demirtaş c’est clairement une manière de décapiter politiquement le HDP. Il est extrêmement populaire, charismatique et il y a des élections législatives importantes en 2019. Ce sont des procès politiques, montés de toute pièce, dans une zone pleine de conflits, notamment avec l’Etat islamique contre qui les Kurdes ont joué un rôle primordial. Priver cette zone, en Turquie ou en Syrie, de gens qui prônent le féminisme, la coexistence, l’existence du Rojava, c’est se tirer une balle dans le pied. Ce sont des poches d’espoir pour toute une région.”

demirtas-figen.jpegEnfin en complément, pour les anglophones les plus motivés sur ce sujet, voir ici le rapport d'observation très complet de l'association du barreau Norvégien qui était présente avec nous en Juillet : Norwegian Bar Association HRC trial observation Yuksekdag Ankara 2017. Egalement, à l’occasion de la 127e Assemblée de l’Union Internationale des Parlementaires (une ONG créée en 1889, qui a inspiré la création de l'ONU), son Conseil directeur a adopté une décision sur le cas de plusieurs parlementaires turcs, dont Figen Yüksedag et a fait référence à la mission d’observation : Résolution de l'IPU adoptée à l'unanimité le 18 octobre 2017. La représentante de l'UIP qui était présente en septembre était de nouveau présente avec nous à Ankara.

ambassadeUS.JPGEt pour finir de dresser le tableau, je devais enchainer avec diverses rencontres et réunions de travail au Caire, en Égypte, pour analyser la situation actuelle dans cette région du monde et préparer la prochaine Conférence euro-méditerranéenne (ici celle d'Istanbul et là celle de Benalmadena). Notre venue au Caire a été purement et simplement interdite par le pouvoir égyptien. Il faut dire qu'entre-temps Donald Trump a eu la richissime idée de déclarer Jerusalem capitale d'Israël (photo prise devant l'ambassade des Etats-Unis à Ankara, barricadée alors que des manifestations anti-Trump se déroulaient juste à côté). Comme si l'ensemble de cette zone n'étais pas assez déstabilisée... Ca s'appelle mettre le feu aux poudres, c'est juste givré, et le monde entier risque fort d'en baver.

mercredi 6 décembre 2017

De l'impact du climat sur nos petites drogues du quotidien

Nouvelle chronique "Le fond de l'air est vert" à voir sur La-bas si j'y suis : Vous vous souvenez des députés qui avaient déballé leur caddie à 5 euros pour protester contre la baisse des APL à l’Assemblée nationale ? Alors pour Là-bas je me suis penchée sur la partie, disons « sexy » du caddie : une tablette de chocolat, un paquet de café, et une bouteille de vin, pour vous parler de climat. Parce qu’on voit bien que tant qu’on parle du pôle Nord, de la banquise, des ours blancs, ça fait de jolies images, c’est attendrissant, mais ça reste loin pour la plupart des gens. C’est la (...)

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vendredi 1 décembre 2017

Du son pour comprendre ce qui se passe à la Région avec Laurent Wauquiez et à Die avec cette maternité (Radio Rdwa)

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A écouter ! Pour celles et ceux qui n'ont pas (encore eu) le temps de lire les 5 épisodes de ma série "Face au budget de Laurent Wauquiez", qui ont envie d'une émission qui prend son temps ou qui tout simplement préfèrent le son, voici mon nouveau compte-rendu de mandat radiophonique sur RDWA, la radio du Diois : Corinne Morel Darleux, conseillère régionale élue en Drôme, nous propose un rendez-vous régulier pour un "compte-rendu de mandat radiophonique" qui fait suite aux assemblées plénières de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La dernière s'est tenue les 29 et 30 novembre (...)

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Face au budget de Laurent Wauquiez (5) : Epilogue

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Après 23 heures de discussions sur le budget, la convention TER et divers dossiers ramassés sur deux jours, une courte nuit au milieu et l'examen de 193 amendements, voeux et questions orales, notre dernière session de l'année se termine avec une convention TER et un budget adopté par 110 voix contre 83. Une pause enchantée de mésanges punks qui sont venues se poser sur mon épaule à point nommé (merci Alessandro !)... Et six heures de retard. C'était prévisible. A force de vouloir tout faire rentrer dans un agenda de Président pressé qui devait se rendre à Maisons-Alfort le soir même pour un (...)

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mercredi 29 novembre 2017

Face au budget de Laurent Wauquiez (4) : Au nom de la forêt

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« Comment les forêts sont devenues des sujets politiques ». La semaine dernière dans le TER, alors que j’étais en pleine réflexion sur nos amendements budgétaires pour une forêt jardin face à la vision champ coupé de Laurent Wauquiez... Je me suis enfin offert le temps de l’écoute de cette émission qui m’avait attiré l’œil sur Mediapart. Un bonheur. Et du bonheur, on en a besoin... La moitié des animaux sauvages ont disparu en 40 ans, en Europe ce sont 420 millions d'oiseaux de moins qu’il y a 30 ans. Comme l’impression d’être la génération de l’accélération. La prochaine sera-t-elle celle des (...)

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Face au budget de Laurent Wauquiez (3) Tuyauterie, climat et montagnes en transition

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Je vous parlais hier ici de ce travail de fines brutes que nous avons réalisé sur le budget de la Région : afin de proposer des amendements qui ne consistent pas juste à enlever ce que Laurent Wauquiez a mis sur une ligne pour le remettre là où il l’a enlevé, ce qui n’existe qu’en rêve et présente en soi assez peu d’intérêt car aucune chance de faire bouger les lignes, il faut ruser : un amendement budgétaire doit forcément avoir un impact sur le budget, c’est bête mais c’est parfois compliqué. Par exemple, on ne peut pas juste dire qu’il faut des critères sociaux et environnementaux dans les (...)

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mardi 28 novembre 2017

Face au budget de Laurent Wauquiez (2) Du travail, du collyre et du café

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Ce mercredi 29 novembre débutera à Lyon l’examen du budget de la Région proposé par Laurent Wauquiez pour l’année 2018. Nous avons travaillé comme de fines brutes avec les élu-e-s du groupe du rassemblement RCES pour décortiquer ce budget et déposer des amendements qui ne soient pas uniquement en réaction contre les sales coups du Président de Région, mais aussi dans la proposition : allier résistances et alternatives, parce qu’il nous faut à la fois lutter contre les régressions mais aussi construire l’après et faire la démonstration que c’est possible pour ne pas désespérer. La session (...)

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lundi 27 novembre 2017

Face au budget de Laurent Wauquiez (1) A propos de charbon, de MM Trump et Macron

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Alors qu’on nage en plein bouleversement climatique, que les tribunes et cris d’alerte se succèdent pour réduire urgemment et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre qui sont reparties à la hausse cette année, et que le sommet de Bonn a de nouveau failli à prendre l’ampleur de l’urgence, voilà qu’on apprend par Mediapart que l’Agence française de développement s'apprête à accorder un prêt de 41 millions d'euros à la Chine pour soutenir un projet lié à une méga-centrale à charbon ! Et ce, alors que durant la même Cop à Bonn une dizaine de jours plus tôt, Rémy Rioux, le Directeur (...)

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dimanche 26 novembre 2017

Dans ma vallée

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Dans ma vallée il y a des trains, des écoles, un hopital. C'est ce qui fait qu'on est reliés, que des gens viennent s'installer, qu'on nait, circule, apprend, grandit dans la vallée. Supprimer une école, des trains, la chirurgie et la maternité, c'est condamner à terme toute la vallée. Bien loin des grands discours sur la ruralité. C'est pourtant ce à quoi on risque d'assister. Trois exemples, trois combats.     Les trains de l'étoile de Veynes L'étoile de Veynes, au croisement des lignes de Grenoble vers Marseille et de Valence à Briançon, s'est de nouveau mobilisée ce samedi à l'occasion des (...)

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Apple, Samsung, Foxconn : sombres affaires de smartphones

Nouvelle chronique à voir sur La-bas si j'y suis, consacrée aux coulisses d'un objet devenu incontournable en quelques années : le Smartphone. On ne peut plus faire un pas dans le métro, dans la rue, au restau ou au cinéma sans voir des doigts pianoter sur l’écran lumineux. Même en pleine messe... ("Posez ces téléphones !" : le coup de gueule du pape François) En 10 ans, 7 milliards de smartphones ont été produits dans le monde. Une belle concentration d’énergie grise, de terres rares, de 40 minerais différents : or, tantale, tungstene, cobalt, étain… mais aussi de fraude fiscale et (...)

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jeudi 23 novembre 2017

Bataille navale, récit d'une ZAD en Mer de Chine méridionale

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Chronique publiée sur Reporterre le 21 novembre sous le titre "En Corée du Sud, une tenace bataille contre une énorme base militaire" Des orangers, des palmiers, un climat incroyablement doux, tout caresse les sens dès qu’on arrive sur l’île volcanique de Jeju, au sud de la Corée... Mais dans ce décor luxuriant se cache la base navale très décriée de Gangjeong. Reporterre s’en était fait l’écho en 2015. Deux ans plus tard, loin de l’Automne de mon Diois, et quelques jours avant la visite de Donald Trump en Corée du Sud, je me suis rendue à Jeju (*). Ile de Chedju, juin 1970. Voici (...)

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mercredi 8 novembre 2017

Glyphosate : 150$ de chiffre d’affaires par seconde… et combien de victimes ? Chronique #4 pour Là-bas

Pendant que les magouilles de Monsanto pour cacher la dangerosité de ses produits étaient révélées au grand jour, le patron de la compagnie américaine empochait une rémunération de 12 millions de dollars. Gentille récompense pour le succès d’ un produit phare, vendu partout dans le monde, le Roundup, dont la principale substance est classée « probablement cancérigène » par l’Organisation Mondiale de la Santé. (...) Avant le vote européen de demain sur le renouvellement - ou non - de l'autorisation du glyphosate, tour d'horizon des enjeux à retrouver en intégralité pour les abonnés (vidéo, (...)

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dimanche 5 novembre 2017

L’incroyable «Status of Forces Agreement» (SOFA) entre États-Unis et Corée du Sud

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(billet initialement paru sur médiapart) En tournée politique en Corée du Sud pour dix jours de rencontres et conférences, en tant qu'élue de la région Auvergne-Rhône-Alpes, je me suis rendue, dimanche 29 octobre, à la base militaire américaine de Pyongtaek où Donald Trump a annoncé sa venue dans une semaine. Près de 30.000 soldats américains sont présents en Corée du Sud. Les bases militaires sont considérées comme territoire américain et les États Unis peuvent y effectuer des tests ou y importer des armes de destruction massive sans possibilité de contrôle des autorités sud-coréennes. Ce (...)

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mercredi 1 novembre 2017

C'est quoi l'effet barbecue ? Chronique écosocialiste #3 pour Là-bas si j'y suis

Ils mangent bio, se chauffent au solaire, roulent en hybride mais… voyagent en yacht de plusieurs dizaines de mètres de long. Ils se disent « écoresponsables », passent auprès du gouvernement pour des victimes qu’on taxe toujours trop. Et pourtant, ce sont les plus gros pollueurs du pays. Ceux qui « détruisent de la planète ». Les milliardaires qui repeignent leurs yachts en vert. Emmanuel Macron avait annoncé la couleur dès janvier 2015. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », lançait celui qui était alors ministre de l’Économie, de l’Industrie et du (...)

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lundi 23 octobre 2017

Ecosocialisme, démocratie et libertés : départ d'Automne pour la Corée du Sud

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Diable, comme tout va vite en ce moment... Après un week end sous le signe de l'internationalisme, au sommet du Plan B à Lisbonne et en vidéo pour l'ouverture du premier Congrès des camarades écosocialistes du mouvement belge Demain, je manque de temps pour rendre compte de toutes mes activités. Mais celle-ci est majeure et mérite largement ce billet. Je pars ce soir en Corée du Sud pour une mission de dix jours. Un sejour au cours duquel je vais "voir, apprendre, comprendre un peu, être émue, rire" comme l'écrit Nicolas Bouvier - mais surtout porter notre programme L'avenir en (...)

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lundi 16 octobre 2017

De la neige en été. Chronique écosocialiste #2 pour Là-bas si j'y suis

Où l'on (re)parle d'écroulement de montagnes, de ski sous cloche, de soupçons de prise illégale d'intérêts et de cimetières de canons... De la neige en été, ma dernière chronique pour Là-bas si j'y suis en intégralité pour abonnés ici. Extrait vidéo : On a beaucoup parlé du sort des ours blancs en matière de climat et de réchauffement. C’était mignon, mais c’était loin. Et puis ça s’est rapproché, et c’est devenu moins mignon : les inondations et ouragans ont frappé en gros plan. Voici une autre face cachée du climat, celle qui se passe en montagne : et cette fois c’est dans les Alpes, juste (...)

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vendredi 13 octobre 2017

Où la mésange décroche le rôle titre du prochain Godzilla

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La nature n’a pas de morale, elle cherche l’équilibre, Chronique publiée sur Reporterre le 7 octobre 2017 Dans ma dernière chronique d’un été entre fiction et réalité, j‘évoquais « la pyrale blanche, qui annihile les buis dans nos montagnes et augmente les risques d’incendie, forme de véritables nuées qui de nuit trompent le regard comme autant de flocons de neige en plein été ». Aujourd’hui ce ne sont ni les papillons ni les chenilles, mais simplement l’automne qui racornit et jaunit les feuilles en altitude. Comme un ruissellement d’ocres qui dévale la montagne des sommets vers la vallée. Et (...)

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jeudi 5 octobre 2017

Dernières nouvelles de Lyon, les coulisses de Laurent Wauquiez et 13e compte rendu de mandat radiophonique

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Quinze heures de session, de 10h à 1h du matin, c'est le prix à payer d'être gouvernés par un homme pressé, qui refuse de passer deux jours à s'occuper des affaires de la Région qu'il préside. Et à 1h30 du matin, découvrir sur table 7.000 pages de rapports à voter dans l'heure pour nos camarades qui siègent en commission permanente, ça devient carrément du foutage de gueule. Ce ne sont pas des conditions correctes d'exercice d'un mandat. Surtout quand nous avons droit, nous, à maximum trois minutes d'intervention, quand Monsieur Wauquiez, lui, se paye le luxe de longues tribunes politiques - (...)

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mardi 26 septembre 2017

A qui profite l'A45 ? Chronique écosocialiste pour Là-bas si j'y suis

Très heureuse de vous annoncer que je ferai désormais une chronique écosocialiste deux fois par mois pour Là-bas si j'y suis. Voici la première sur le projet de nouvelle autoroute A45 et la pieuvre Vinci, saupoudrée d'un peu de Laurent Wauquiez, avec un extrait de la vidéo en accès libre pour vous donner envie de vous abonner... Suivez le lien : Le fond de l'air est vert. La nouvelle chronique écosocialiste de Corinne Morel Darleux À qui profite l’A45 ? Été, vacances, bouchons… Cette année encore, Bison Futé a vu rouge. Dans la région Auvergne Rhône-Alpes, on nous promet aujourd’hui de (...)

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samedi 23 septembre 2017

Interdite d’accès au procès de Figen Yuksekdag : la Turquie de M Erdogan récidive

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Sincan1.jpgCette tribune a été publiée sur Mediapart le 20 septembre 2017, sous le titre "Mon témoignage sur la Turquie de M Erdogan"

18 septembre. Jour de visite des familles à la prison de Sincan, en Turquie. De nombreux cars font la navette vers cet immense complexe de 6.000 détenus. Devant la prison, nous sommes une dizaine d’observateurs internationaux à attendre en plein soleil par 36°C, entourés de policiers. Dans cette enceinte carcérale doit se dérouler le procès de Figen Yuksekdag, députée et co-fondatrice du HDP. Cette militante féministe et socialiste est détenue, comme dix autres députés du HDP, depuis dix mois sous divers chefs d’accusation de collusion avec le terrorisme.

En fait de terrorisme, il est reproché à Figen Yuksekdag d’avoir protesté contre les bombardements des populations civiles kurdes, d’avoir qualifié de « résistance » les manifestations qui ont eu lieu dans les villes kurdes placées sous couvre-feu, ou encore d’avoir qualifié de « massacre » la mort de centaines de civils durant les opérations menées par les forces de sécurité turques. Elle risque 83 ans de prison.

La première audience de ce procès a eu lieu au tribunal d’Ankara le 4 juillet, puis ajourné et remis au 18 septembre, devant la Haute Cour d'Ankara.

Sincan2.jpgLe 4 juillet, pour la première audience de son procès, une délégation d’observateurs internationaux avaient été interdite d’accès de la salle d’audience et expulsée manu militari du tribunal d’Ankara1. C’était une première en Turquie, où les procès sont publics, et ce droit garanti par la Constitution. La Turquie est également liée par les conventions internationales et l’OSCE en la matière. La présidence de la Cour, qui avait après des heures de discussion, finalement autorisé la présence dans la salle de quatre observateurs, a été quelques minutes plus tard rappelée à l’ordre par un appel du Ministère de la justice, sur consigne directe donc du gouvernement de M Erdogan.

Ce 18 septembre, devant la prison de Sincan, nous attendons et assistons à un véritable chassé-croisé entre les pouvoirs politique et judiciaire : la Cour demande aux avocats du HDP de se tourner vers le Ministère de la Justice, qui les renvoie à la Cour. Celle-ci rétorque depuis plusieurs jours que les autorisations sont désormais délivrées par le Ministère de la Justice et non plus par le Président de la Cour. Discours démenti par l'ambassade Turque en Suisse qui déclarait la semaine dernière encore que le Ministère de la Justice, pas plus que la Cour, n'a à autoriser les observations de procès, ceux-ci étant de droit publics en Turquie (il s’agirait de l’article 182 du Code de procédure criminelle). Elle précise néanmoins que la Cour peut décider à n'importe quel moment de fermer un procès particulier au public, uniquement en cas de problème grave de sécurité, et ce en le motivant et par déclaration publique. Nous en déduisons en toute logique que le « tri sélectif » à l'entrée du procès consistant à en interdire l'accès aux observateurs internationaux tout en autorisant le public, sans que ce choix soit motivé comme cela s'est passé le 4 juillet, et de nouveau ce 18 septembre, ne rentre dans aucune de ces hypothèses.

Pour cette deuxième audience, la Cour a décidé de déplacer le procès au sein même du complexe de la prison de Sincan, à 70 kilomètres d’Ankara. Selon les informations communiquées aux avocats du HDP, cette décision répond au fait de bénéficier de salles plus grandes : l’affluence au tribunal lors de la première audience avait été source de tensions avec la foule, nombreuse, qui souhaitait assister au procès. Las, le matin même de cette seconde partie du procès, nous apprenons que la salle réservée pour l’audience ne comporte que 20 places. Face à ces conditions, Figen Yuksekdag rend publique sa décision de ne pas assister à ce qu’elle considère comme une parodie de justice. En délégation internationale avec des avocats, journalistes et ONG, nous nous y rendons malgré tout. Nous sommes en tout dix observateurs internationaux de France, Suisse, Italie, Angleterre et Norvège, accompagnés d’une représentante de l'ambassade du Canada.

Sincan3.jpgNous attendrons devant la prison de Sincan pendant deux heures, pour apprendre finalement que notre délégation d'observateurs internationaux est interdite d'accès à la prison de Sincan et ne pourra assister au procès. A l’issue de cette demie-journée d’audience que nous suivons donc depuis Ankara, nous apprenons qu’après 10 mois de détention Figen Yüksekdağ est maintenue en prison. Son procès est de nouveau ajourné et remis au 6 décembre. Cette troisième audience aura lieu à la même prison de Sincan, dans la même salle de 20 places.

Nous étions trois français présents ce 18 septembre à la prison de Sincan : une avocate du barreau de Paris, Jean-Christophe Sellin et moi-même, tous deux élus régionaux et responsables du Parti de Gauche. Partis la veille de Paris, au moment même où dans ce même aéroport de Roissy, le journaliste français Loup Bureau tout juste libéré atterrissait en provenance d’Ankara. La concordance des temps est fatalement frappante, et après le soulagement de cette libération, on ne peut esquiver la vive question des contreparties accordées par le Ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves le Drian au gouvernement Turc lors de son déplacement à Ankara. Se pose entre autres la question du soutien français aux forces kurdes qui combattent notamment en Syrie contre les forces de Daech et construisent une alternative démocratique, laïque et féministe au Rojava, au grand dam de Monsieur Erdogan. Combiné à l’approche du référendum au Kurdistan irakien, et à l’invasion des forces armées turques en Irak, la situation dans cette région du monde est sous haute tension. Les déclarations de Madame Merkel sur la suspension des discussions pour l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne, en contre-point de l’accord qui lie cette même Union européenne à la Turquie sur la question des migrants, fait des conflits dans la zone et des déplacements de réfugiés qui en découlent, une question évidemment hautement géopolitique.

Par ailleurs, comme le rappellent régulièrement Amnesty International, Reporters sans Frontières et d’autres, 160 journalistes sont toujours détenus en prison, des députés, des maires, des magistrats, des enseignants, des écrivains sont encore incarcérés et en attente de procès. Ces deux audiences de Figen Yuksekdag témoignent du fait que tout est mis en place pour dissuader des observateurs internationaux de se rendre en Turquie et d’assister aux procès qui y ont lieu.

DelegationSincan.jpgNous avons pu rencontrer à Ankara la députée en charge des affaires juridiques pour le HDP, Ayse Acar Basaran et le député en charge des affaires internationales, Hisyar Özsoy. Nous avons longuement discuté ensemble de la situation, et de la manière dont l’opinion internationale pouvait être mobilisée. Lorsque nous étions sur place, un député du HDP qui venait d’être libéré dix jours avant a de nouveau été arrêté. Chaque jour, un véritable harcèlement s’exerce de la part des autorités turques sur les militants et élu-e-s du HDP, troisième force politique du pays avec 6 millions d’électeurs, et principale opposition démocratique à Monsieur Erdogan. Face à cette situation de plus en plus inquiétante sur les droits humains et les libertés en Turquie, une campagne internationale pour la libération de Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ, les deux co-fondateurs du HDP, est en train de s’organiser. Tous deux ont été démocratiquement élus députés en juin 2015. Ils risquent aujourd’hui 142 et 83 ans de prison.

Un appel va être lancé avec le soutien de personnalités du monde entier, universitaires, artistes, et responsables politiques. Le comité pour les droits humains de l'Union interparlementaire, basée à Genève en lien avec l'ONU s'intéresse également de près au sort des 55 député-e-s du HDP dont l’immunité parlementaire a été levée – avec le vote favorable de toutes les autres organisations politiques turques, y compris d’opposition. Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag ont été nominés la semaine dernière, à l’initiative du groupe de la GUE-NGL2, au prix Sakharov pour la liberté d’opinion décerné par l’Union européenne.

Ce sont autant de points d’appui pour que l’émotion, l’indignation, provoquée par les arrestations en Turquie des journalistes français Mathias Depardon et Loup Bureau ne retombe pas. Pour que la vague de « trouble, inquiétude et indignation » des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Allemagne et de la France3 qui s’était exprimée au moment de l’arrestation de Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag ne s’assoupisse pas. Ils sont encore nombreux, femmes et hommes, détenus arbitrairement en Turquie. Ne les oublions pas.

« Ferment les yeux, les vagues,
Déchiquetés sont les nuages,
dispersés comme du coton cardé
dans le ciel gris de l’Euphrate.
(...) Les nuages sont les plumes d’une colombe blanche,
privée d’ailes,
lorsqu’elle tente de s’envoler... »
La nuit des contes, Sherko Bekes, poète Kurde.

Liens :

1Récit de la première partie de ce procès : http://bit.ly/2sXxS2U et sur le blog Mediapart d’Ilias Panchard : https://blogs.mediapart.fr/ilias-panchard/blog/070717/recit-dun-proces-politique-en-turquie

2http://www.guengl.eu/news/article/category//unjustly-imprisoned-opposition-leaders-in-turkey-nominated-for-sakharov-pri

3https://www.google.fr/amp/s/amp.france24.com/fr/20161105-turquie-hdp-arrestation-dirigeants-parti-pro-kurde-turc-demirtas-reactions-internationales-

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